la croix de Lorraine

 

La croix de Lorraine est-elle originellement un symbole sumérien ? L’Église catholique et le rite écossais de la franc-maçonnerie la réservent apparemment à leurs plus hauts échelons. Est-ce pour cette raison qu’elle est arborée par les troupes de la libération ? Partir d’un bon pied avec à la fois les Catholiques et les Franc-Maçons est sans doute une bonne idée si l’on a en tête la reconstruction du pays. Faut-il par ailleurs y voir une prise de position vis-à-vis des colonies ? Après tout, on retient que le patriarche de Jérusalem a remis cette croix aux Templiers – le premier d’entre eux, Godefroy de Bouillon, serait un ancêtre des ducs de Lorraine. Mais c’est peut-être aussi un message pour les Russes, puisque la croix de l’Église orthodoxe est très similaire à la croix patriarcale, un autre nom de la croix choisie par les chefs de la France libre. L’autre version de la croix de Lorraine peut être décrite comme la juxtaposition d’une croix latine normale et d’une croix latine à l’envers, ou croix de Saint-Pierre.

 

C’est un symbole simple qui peut donner lieu à une multitude d’interprétations. Dans sa version symétrique, certains y voient une représentation de la notion d’équilibre, un concept sans doute fondamental en diplomatie. Quand les deux traverses horizontales n’ont pas la même taille, on peut voir schématisés les solstices d’été et d’hiver, respectivement le jour le plus long et le jour le plus court de l’année.

 

Charles Péguy, La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, 1913 (extrait) :

 

Le soulèvement populaire [en Alsace en 1525] avait été préparé de longue date et les leaders comme Gerber se révélèrent de fins stratèges. Ils décidèrent de déclencher la lutte le dimanche de Pâques, c’est-à-dire à la fin du carême, dans un moment de réjouissance où le peuple envahissait traditionnellement l’espace public. Le mouvement s’étendit rapidement grâce à une multitude de petits groupes armés dirigés par des chefs qui tenaient tous le même discours et défendaient tous les mêmes revendications, preuve que leur action était coordonnée. Ils prirent bien soin de rappeler leur loyauté envers l’empereur, en s’attaquant uniquement aux curés et aux moines qui ne respectaient pas l’Évangile. Les insurgés se présentèrent comme une « assemblée chrétienne de frères évangéliques ». À la différence des autres foyers de lutte, plus sporadiques et isolés les uns des autres, le soulèvement des paysans alsaciens conserva jusqu’au bout son unité. Dans les deux premières semaines du conflit, Gerber et ses associés tentèrent constamment de négocier. Les insurgés présentèrent un programme à la fois social, politique et religieux. Au départ, ils optèrent pour des revendications modérées, réclamant la suppression du servage, le droit pour les paroissiens de choisir leur prêtre et l’utilisation des dîmes uniquement pour des finalités religieuses. L’un des enjeux majeurs pour les paysans était d’obtenir le soutien des villes. Ce qui ne fut pas le cas car les notables se prononcèrent immédiatement contre une révolte qui dénonçait des taxes dont ils étaient eux-mêmes bénéficiaires. Effrayés par le risque de contagion de la violence populaire, même les bourgeois favorables à la Réforme se désolidarisèrent du mouvement. [En Allemagne,] Luther soutint sans réserve la répression organisée par les princes protestants en rappelant que la religion réformée prêchait la soumission totale à l’ordre établi. La ville de Strasbourg, qui avait basculé du côté des luthériens en 1525, envoya des émissaires pour tenter de dissuader les paysans de poursuivre leur combat. L’échec des négociations eut des conséquences catastrophiques. Cent mille paysans basculèrent alors dans la violence de masse, détruisant les églises, pourchassant les curés, s’en prenant également aux juifs, perçus eux aussi comme des « parasites ». Preuve de la faiblesse du pouvoir impérial, ce n’est pas l’empereur qui prit le commandement des troupes de répression mais le duc Antoine de Lorraine. La maison de Lorraine avait été fondée au Moyen Âge dans l’orbite du pouvoir impérial. Elle était entrée dans la zone d’influence du roi de France à partir de Philippe le Bel mais restait soucieuse de maintenir l’équilibre entre ses deux puissants voisins. En 1477, René II, le père du duc Antoine, avait combattu aux côtés de Louis XI contre Charles le Téméraire lors du siège de Nancy où ce dernier fut tué. Toutefois, pour échapper à la suzeraineté française, René II décida finalement de léguer ses domaines français, notamment le comté de Guise, à Claude, son deuxième fils naturalisé français par François Ier. Les ducs de Lorraine étaient considérés comme d’ardents défenseurs de la foi catholique. Antoine se targuait d’être issu d’une dynastie remontant à Charlemagne et qui avait compté dans ses glorieux ancêtres Godefroy de Bouillon, le preux chevalier qui massacra les « Sarrasins » lors de sa croisade en Terre sainte. La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 eut pour effet de cimenter dans toute l’Europe une identité chrétienne hostile aux musulmans (le mot « européen » fut inventé à ce moment-là par le pape Pie II). Pour le duc Antoine, la répression du soulèvement paysan s’apparentait à une nouvelle croisade. Il compara d’ailleurs ces rustauds à des « Turcs sauvages ». Il réunit une armée de quinze mille hommes, formée des nobles de Lorraine et de Champagne, renforcée par des lansquenets venus des Pays-Bas et d’Allemagne du Nord et soutenue par les cavaliers de son frère, Claude de Lorraine. Sur le terrain des combats, Antoine mit à profit l’expérience militaire qu’il avait acquise à Marignan, où il avait guerroyé aux côtés de François Ier, en multipliant les chocs frontaux ponctués de salves d’artillerie et complétés par les assauts de la cavalerie légère qui massacrait les fuyards.
Extrait d’Une histoire populaire de la France – De la guerre de Cent Ans à nos jours, de Gérard Noiriel (2018)

Au fond, De Gaulle a-t-il été un personnage fédérateur ? Peut-être autant détesté par les Américains (qui auraient préféré voir à sa place un leader plus accommodant) que par les communistes (pas son camp politique – et ils n’ont pas reçu le même soutien militaire US que les Gaullistes pendant l’Occupation) ou le patronat (qu’il méprise pour sa collaboration), c’est possiblement parce qu’il ne représente les intérêts de personne en particulier qu’il fut un temps plébiscité.